Démarche artistique
Ma démarche artistique prend racine dans l’observation minutieuse du vivant à très petite échelle, que j’explore à travers la sculpture et l’installation en argile. Je m’intéresse aux structures infimes — cellules, membranes, micro-organisations — qui composent l’architecture du monde. En rapprochant mon regard jusqu’à effleurer la matière, je ne cherche pas à reproduire ces formes, mais à en éprouver la pulsation, la densité, la tension interne. L’invisible devient monumental ; l’infiniment grand se replie en un tissu organique microscopique. Ce renversement d’échelle modifie notre perception et questionne notre place au sein du vivant, invitant à dépasser une vision anthropocentrique pour adopter une attitude plus humble envers la nature.
L’infiniment petit et l’infiniment grand, le proche et le lointain se superposent dans un même plan. Les structures cellulaires deviennent paysages, cartographies ou phénomènes cosmiques. Les distances se troublent, les échelles se confondent, ouvrant un espace où dialoguent l’intime et l’universel.
Cette attention s’étend à la terre, à l’eau et aux milieux où la vie circule et se transforme. J’y perçois un système complexe d’interrelations et d’équilibres délicats. Mon travail fait émerger des fragments, tels des vestiges exhumés d’un monde familier mais souvent insoupçonné, révélant la richesse et la complexité du vivant.
La sculpture et l’installation en argile sont au cœur de ma pratique artistique, que je réalise souvent en grand format. Issue de la terre, l’argile conserve la mémoire du geste et du temps, tout en imposant sa propre logique : elle résiste, se fissure, se creuse et s’affaisse. Elle agit autant qu’elle est façonnée. Par le moulage, la gravure, le pressage et l’étampage, j’inscris plis, sillons, crevasses et strates dans la matière. Ces traces composent un vocabulaire plastique organique, situé à la rencontre du paysage et de la microscopie, où le temps s’inscrit dans la surface même de la matière.
À travers mon travail se révèlent les cycles de naissance, de vie, de mort et de régénération qui traversent toute matière vivante. La puissance et la fragilité du vivant s’y manifestent ensemble, dans un état de transition perpétuelle : une matière en devenir, animée par des forces qui nous dépassent — et auxquelles nous appartenons.